Coupable

Coupable

   

Je suis fatigué. C’est étrange comme je suis fatigué. Je suis fatigué alors que je ne fais rien, que je n’ai rien à faire, rien qu’à attendre…

Le plus dur, c’est la solitude. Cette terrible solitude. Je me lève, je tourne en rond… Je me regarde dans ce miroir délavé, au- dessus du lavabo. Je me sens vieux. Je suis vieux. Je ne vois que mes cernes sous les yeux et mes rides, ces crevasse qui se creusent… J’ai quarante ans. C’est étonnant, étonnant comme le temps passe vite quand on est ici ; comme le temps passe et que pourtant les secondes semblent durer une éternité…

Pour ne pas penser, il faut lire. Mais pour lire, il faut pouvoir se concentrer, et pour se concentrer, ne pas avoir toutes ces idées en tête… Je ne peux pas lire. Je ne peux fuir mes pensées… Comment ne pas imaginer ce qui va se passer ?

Je marche. Je tourne en rond. Je m’assieds à nouveau, sur le lit, puis je me relève. Je fais trois pas. Je marche jusqu’à la chaise. La table est simple, carrée et sans rien dessus. Juste quelques noms gravés, je ne sais avec quoi, mais on voit bien qu’ils ont essayé de les effacer… Les murs n’ont pas de couleur. Ils sont tristes et portent en leur mémoire les empreintes de tous ceux qui ont séjourné ici et dont les mains furent posés en leurs flancs, dans un moment de détresse, véritables murs de lamentations… J’ai l’impression qu’ils se rapprochent chaque jour. La sensation d’étouffement s’accentue. L’espace se réduit… L’angoisse qui monte…

Je me lève. Je marche. Je marche… Envie de hurler. Besoin de hurler. Marcher. Marcher. Jusqu’au bout de mes limites. Jusqu’à ne plus tenir. Je marche… Je m’arrête. Tombe à genoux. Je craque. Encore une fois, je pleure… Je pleure sans aucune retenue, je suis seul. Ici, il vaut mieux pleurer, de toutes ses larmes, de tout son corps, cela soulage… Pleurer et laisser s’écouler le flot de ses regrets…

Je n’ai que le loisir et le temps de m’habituer à l’idée…

La vie est étrange. On agit sans comprendre ses motivations, dans l’enfer du quotidien, au rythme effréné d’une existence qui s’enfuit…

La nuit, je n’arrive pas à dormir. Je m’assoupis vers 4h. Mais à 7h, ils me réveillent brutalement. J’ai ainsi toute la journée pour penser à ce que j’ai fait, et pour imaginer ce qui m’attend à présent… Je ne comprends pas. Comment ai-je pu en arriver là ?

L’odeur est atroce. Ca sent la merde partout. La pisse. Ca sent aussi la sueur. Et même le sperme… On aère à peine, les fenêtres sont minuscules, avec d’épais barreaux masquant la vue, et l’air, dehors, sent l’air vicié… Tout pue. Même la bouffe…

A tourner en rond, on absorbe la vie sous nos pas.

Dans les autres cellules, j’entends des mecs rire, des mecs se battre, des mecs chialer… J’entends des cris. Surtout la nuit. Des cris atroces. Des cris d’animaux qu’on égorge… De quoi devenir dingue… La plupart des mecs sont déments, dérangés, désaxés, détraqués… Les plus lucides sont ceux qui ont un jour, au beau milieu d’une vie paisible, pété les plombs, juste une fois, une fois de trop dans leur putain de vie bien réglée, et, pour eux, ce cauchemar est terrible… Comment une vie peut-elle basculer ? Tout allait bien en ce début d’année 1969. Jusqu’à ce jour où Clémentine…

N’est-ce point la vie elle-même qui conduit par ses excès aux égarements de l’âme ? Sommes-nous maîtres de notre destin, ou subissons-nous l’existence de plein fouet, sans ne rien comprendre, sans ne rien contrôler, sans ne rien ressentir que la folie qui lentement nous dévore ?

Ici, on a largement le temps de penser à ce qu’on a fait, de saisir toute l’horreur… On a tout loisir pour nourrir des regrets… On choit dans l’abîme de notre conscience, dans un état d’abandon, de dégoût de soi… On est des bêtes…

J’ai beau savoir que je suis une ordure, je ne comprends toujours pas. Au procès, j’avais l’impression que l’on parlait de quelqu’un d’autre… Ce n’est pas possible… Ce n’est pas moi… Je deviens dingue ici. On me traite comme un chien. Je ne suis qu’un chien…

Je suis fatigué. C’est étrange comme je suis fatigué… Un dernier souffle avant de sauter… Je regarde le plafond, depuis des heures. Je fume. Ils m’ont accordé une cartouche entière… Je fume mes cigarettes jusqu’au mégot. Après je le mâchouille et je le crache par terre… J’en recouvre le sol carrelé… Je me bouffe les ongles. Jusqu’au sang. J’attends. Je suis fatigué… Je ne dors plus du tout… C’est l’angoisse qui tue. Le stress qui crève… Cette attente… La folie…

Depuis plusieurs jours, je joue avec une pièce d’un franc que mon avocate m’a laissée à ma demande. Je la lance en l’air et la rattrape en vol. Je recommence ce geste pendant des heures pour faire passer le temps. Je la fais tourner sur son pivot comme une toupie sur elle-même. Je fixe Marianne, qui dans sa rotation se met en mouvement et prend vie… Je la rejoins alors en songe et l’on s’enfuit loin de ce monde…

Ils arrivent avec la bouffe de midi. C’est encore une fois immangeable. Ils le font naturellement exprès. Je n’ose imaginer ce que les cuisiniers mettent dans mes plats…

L’annonce du verdict fut comme un combat sur un ring de boxe. J’ai reçu un coup, puis un autre, sans pouvoir esquiver. J’étais KO. Je n’ai pas bougé… Le verdict est tombé. La foudre s’est abattue... Je suis « le symbole d’une société qui court à sa perte… Le pire rejeton d’une époque trop permissive… Le fruit d’une liberté destructrice que l’on revendique comme l’épanouissement de l’individu… » Toute une presse s’est déchaînée… Je m’en fous de la politique. Je m’en fous de leur révolution, de Pompidou, et de tout le reste. Je m’en fous de tout. Il n’incombe à personne et sûrement pas à la société, de porter le poids de mon crime. Je l’assume. Je l’assume seul. Et je paierai…

L’attente du verdict fut une torture. Mon corps tout entier n’était que douleur. Je craignais le pire. Je m’attendais au pire. Je méritais le pire… J’ai eu le pire.

Je revois le juge debout. J’entends ses mots devenus inoubliables et qui résonnent sans cesse dans ma tête. Coupable. Coupable. Coupable… Je suis coupable. Son visage était dur et déterminé. Cet homme portait la Vérité sur les fonds baptismaux… Il incarnait la Justice… J’étais le Démon.

Je ne lui en veux pas. J’ai peur, c’est tout… J’ai peur.

On me déteste, ici. Les autres détenus me crachent dessus à la moindre occasion. Comment est-il possible de susciter une telle haine ? Mon crime est considéré comme le plus élevé au grade des horreurs ici répertoriées… Comme s’il existait une hiérarchie dans l’horreur. Comme si certains crimes pouvaient se concevoir, et d’autres non… Les enfants seront toujours des victimes innocentes. Et rien ne pourra expliquer mon geste… Je n’attends pas d’être compris ou pardonné…

La haine qui s’abat sur moi et sans doute méritée. Seulement les insultes, les coups parfois, sont durs à supporter…

Depuis quelques jours, le bruit des clefs retentit à mes oreilles comme les crécelles des lépreux annonçant leur passage… Le carillon des trousseaux de clefs entre-choqués. Le gargouillis de la serrure. Le râle de l’énorme clenche. Le hoquet des gonds grippés… Tout ce bruit rituel. Je n’en peux plus. J’ai les nerfs à vifs. J’attends et cela devient insupportable. Je crois chaque fois que l’on vient pour moi. Que c’est le moment… Je ne supporte plus le bruit des clefs. Les matons les portent sur eux. A chaque pas, ils les secouent comme des grelots. On les entend arriver de loin. Ce bruit rythme notre quotidien, celui des repas, des visites… Le bruit des clefs…

« Balade » ! On m’accorde un petit délai. J’ai encore le droit de vivre. 30 minutes à marcher dehors, à prendre l’air, à voir la lumière du jour… 30 minutes de liberté… Je marche seul. On m’isole des autres. Je suis un animal, un animal sauvage. On se méfie de moi… Aujourd’hui il pleut, je reste au milieu de la courette, je lève la tête et laisse les gouttes couler sur mon visage… Une douche céleste, un lavement, une purification… Les fines gouttelettes se mêlent à mes larmes et me purgent de moi-même, de mon dégoût de moi-même… Je remonte vers 17h… Encore une journée de passée…

Je retourne dans ma cellule. J’avance, entouré de mes gardes du corps. Nous gravissons les marches métalliques. Les escaliers tremblent. Les pas résonnent. La voix des geôliers retentit à chaque bout du corridor… L’ouverture de ma porte est un long processus. Je suis debout, les mains attachées, occupé à regarder tout autour la crasse qui s’accumule, toutes ces ordures qui végètent, la vie qui n’en finit pas de s’écouler… Je maudis le jour de ma naissance…

Le brouhaha est infernal. Tous ces types qui hurlent. Tous ces dingues que l’on maintient en vie… Et ces clefs, ces putains de clefs que les matons portent à la ceinture… Elles contrôlent les portes qui s’ouvrent et se referment sur nous, sur nos vies, nous plongeant dans l’attente. Quand elles s’entrechoquent, elles composent une mélodie que reprennent en cœur les malades dans leurs vagissements ou mes neurones qui, se bousculant dans ma tête, tintinnabulent un air perfide qui résonne dans l’atmosphère étouffante de ma cellule… Les pleurs de l’enfant… La mort qui s’abat violemment… Je suis fou… Fou.

Attendre, seul dans sa cellule, ce moment à peine imaginable…

La cruauté des Hommes, leur pouvoir de juger, de condamner… Qui sont-ils, eux, pour me juger ainsi ? Pour me condamner ainsi ? De quelle justice sont-ils les hérauts ?… Je suis presque soulagé maintenant. J’ai commis le pire et rien ne pourra le réparer. Même pas cette peine… Quelle conscience pourrait oublier ? Quelle conscience saurait oublier ? A ces hommes au-dessus des hommes, je sais gré de m’avoir soulagé de moi-même…

Il n’est que 5h. Je ne dors plus. Je ne peux pas dormir. Comment dormir ? Je me lève. Je marche. Je tourne en rond. J’ai sans arrêt envie de pisser. Un haut le cœur me propulse au-dessus du lavabo. Je vomis. Je cherche au plus profond de moi le surplus de dégoût qui se déverse sur l’émail… Je rends mon âme… Des douleurs perçantes me cinglent tout le ventre. Des crampes me saisissent violemment, dans les bras, les jambes, les doigts et les orteils… Je vomis encore. De la bile. Je gueule le plus fort que je peux, me tenant au rebord de l’évier, je vomis… Mes pleurs, ici, n’émeuvent personne… Je n’ose relever la tête et voir ce visage que je n’assume plus… Je voudrais mourir maintenant, par mes propres moyens, afin de sauver mon honneur. Mon suicide me rachèterait un peu. Il me rachèterait au moins à mes propres yeux… Je regarde autour de moi. J’inspecte le regard effaré l’espace réduit. Rien. Pas un lacet, une ceinture, un drap, un bout de verre, pas le moindre objet qui pourrait devenir tranchant… Rien. Rien qui pourrait me permettre d’en finir, d’en finir avec ce cauchemar, rien qui pourrait me faire gagner un peu de temps… Rien qui pourrait m’offrir la moindre liberté… Rien, que le plaisir de me tuer à petits feux… Rien… Quelle ironie… Quel cynisme…

Je tourne en rond tel un chien en cage. Je m’assieds, las, épuisé… Qu’est-ce qu’ils foutent ? Qu’attendent-ils ? Le verdict ne leur suffit donc pas, il faut encore qu’ils me torturent ? J’ai tout avoué, tout raconté… Je veux payer. Qu’ils viennent et qu’on en termine… Par pitié, qu’on en termine…

Mon avocate arrive. Elle a l’air dépité, plus pâle que moi… Le Président de la République a refusé… Cela l’étonne donc ? Je crois qu’elle est sincère. Elle m’apprécie vraiment et considère que je mérite une chance… Elle est touchante… Moi, ça ne me fait rien. J’étais certain de ce rejet. Je préférais n’avoir aucun espoir… Ici, il vaut mieux ne pas avoir d’espoir… Elle me fixe avec un étrange regard, les yeux rougis inondés de larmes, m’exprimant sa peine, sa douleur, sa pitié… Elle se lève et se blottit contre moi, susurrant quelques mots d’une voix étranglée dont l’écho m’accompagnera jusqu’à la fin. « Je suis désolée ». Elle me serre dans ses bras, pour me dire adieu, se retourne puis disparaît…

Maintenant, tout s’accélère. La peur se fait oppressante. Je réalise enfin mon sort… Je la vois encore pleurer… Je regarde partout. Je cherche quelqu’un pour me rassurer… Je saisis la chaise et la projette contre le mur. Je lance ma pièce d’un franc sur le sol. Elle rebondit et frappe contre la porte, qui s’ouvre au même moment… Le maton me regarde, il ne dit rien, semble tout à coup bienveillant… Il prend une voix douce et gênée : « Je suis désolé ». Lui aussi. Il n’ont que ça à me dire ? « Désolé » ? ! Je les emmerde…

Il n’y a plus un bruit. Le silence s’est posé sur l’ensemble de la prison, et l’a recouverte d’un voile sombre, lugubre… Je frappe ma tête contre le mur. Du sang coule sur mon front… Le maton se précipite sur moi et me retient : « fais pas le con ! »… Qu’il m’abatte plutôt comme un chien. Qu’il me tire dans la tempe à bout portant… Mais que tous arrêtent ce petit jeu pervers… Je n’en peux plus…

Je m’assieds sur le lit. Je lève la tête. Je fixe le plafond et ma vue se trouble. J’imagine un ciel bleu apparaître soudain… Mes mains se joignent instinctivement. Je supplie Dieu. J’implore la clémence céleste. J’ai tellement peur… Je ne sais pas mes prières… Je ne sais pas une seule prière… Je ne sais rien… Je n’ai jamais cru en Dieu… Mon Dieu, ô mon Dieu, ayez pitié de moi…

J’entends des pas. Ils sont plusieurs… La porte s’ouvre, très vite cette fois. Trop vite… Un homme d’Eglise entre le premier… Je me précipite vers lui. Je tombe à genoux, à ses pieds, et je pleure… Il m’aide à me relever. Il m’appelle son fils. Il commence un long discours, me rassure d’un ton très solennel… Je ne comprends rien à ce qu’il me dit… Le royaume des cieux, le Père éternel, son pardon… C’est du charabia… Que va-t-il m’arriver ? Dites-moi, que va-t-il m’arriver ? Il fait un signe de croix sur mon front, ânonne une prière, et m’abandonne là, dans ma cellule, avec pour unique consolation le pardon de son dieu…

On m’apporte mon costume. Pour quoi faire ? Faut-il être distingué en pareille circonstance ? Deux matons m’aident à me changer… Ils ne parlent pas. Et quand ils lâchent un mot, le ton est doucereux, bien loin du ton habituel… Ils me disent de me raser. Va-t-on au théâtre ce soir ? Que joue-t-on ? Shakespeare ? Telle est la question…

On me coupe les cheveux. On me rase la nuque…

Je suis maintenant prêt. Au bout de quelques minutes, entrent dans ma cellule, en procession, des gens en grande pompe. Je reconnais le juge… Deux types s’avancent. Ils sortent un papier chacun et le lisent à haute voix… Je n’entends rien… Je ne les écoute pas… Je m’en fous… Je les emmerde…

Soudain, le silence devient pesant… Je dois sortir de la cellule. De ma cellule, mon dernier refuge. Pour la première fois j’ai du mal à franchir le seuil de la porte… Une force me retient. Un dernier élan. J’ai envie de me débattre, de les bousculer et de m’enfuir… Je regarde partout… Je suis saisi de convulsions… « Non ! Laissez-moi ! »… Ils sont quatre à me retenir… « Allons, calmez-vous. » J’aimerais t’y voir, connard !

J’avance au milieu d’un long cortège. Je passe devant d’autres cellules. Le silence est angoissant. L’Ankou rode… Instant angoissant qui précède la mort… Je sais le moment venu. Je sais comment je vais mourir. Moi, je sais pourquoi… Et je ne peux rien faire. Et je ne peux m’y faire. On ne se résout pas à la mort… Pour voir encore le jour, je suis prêt à tout. Les galères. Les travaux forcés. Tout. Forçat plutôt que mort !

Des souvenirs apparaissent à mon esprit ; des images, des moments forts, l’enfance, l’école, l’armée… Tout s’emmêle… Ma vie défile… Le chaos… Ma vue se trouble. Mon ouïe se trouble. Je perds la notion de l’équilibre. Le décor se meut. Je suis ivre. La mort coule dans mes veines…

Nous arrivons dans un long couloir que je n’ai jamais vu. Nous franchissons de grandes portes. Le cortège est impressionnant… Je n’entends plus que les battements de mon cœur prêt à exploser… Une terrible douleur me saisit au ventre… J’ai besoin d’aller aux toilettes… Tous mes orifices suintent… Je vais exploser. Je suis une bombe. Je vais faire sauter leurs sales gueules… Ils me regardent d’un air contrit. Peut- être leur conscience s’éveille-t-elle. « Tu ne tueras point ». J’ai tué. J’irai dans leur enfer… Mais pourquoi dois-je mourir maintenant ? Comme ça ? Je ne suis pas une bête qu’on mènerait à l’abattoir… Mon Dieu, j’ai si peur… Leur visage change. Les commissures de leurs lèvres se tordent… Ils sourient… Sans doute mon imagination…

Que feront-ils ce soir ? Demain ? Dans une semaine ? Que feront-ils, après ?

On m’a prévenu que c’était rapide, que je ne souffrirai pas. Mais qu’en savent-ils ? Et qu’est-ce donc une agonie qui dure des mois d’emprisonnement dans l’attente d’une exécution ? Cette agonie inhumaine qui m’oblige à attendre patiemment la mort. Ma mort. Croient-ils que c’est une délivrance ?

Nous arrivons au bout du couloir. Nous franchissons une porte, puis une sorte de sas et enfin se profile le terme de notre parcours… Nous nous arrêtons. Le prêtre s’avance. Il est le seul à ressembler encore à un homme. Il me bénit de nouveau. Il oint mon front avec une croix imbibée d’un liquide dont les gouttes ruissellent sur mon front... Mon avocate s’approche de moi. Je voudrais la prendre dans mes bras, l’embrasser, lui faire l’amour… « Monsieur, il faut y aller… » Je déteste ce juge, je le déteste… « Courage ! »… Courage ? Pourquoi donc ? Du courage pour rester digne ? Digne pour mourir ? Pour ne pas me débattre ? Pour ne pas les bouleverser dans leur certitude du devoir à accomplir.

Je tremble. Je savais, je m’étais habitué à l’idée. Et pourtant je tremble…

On retire ma veste. On découpe le col de ma chemise… Je me tétanise soudain devant l’objet de la Terreur. Une main me pousse en avant… Un homme agit en silence, en maître de cérémonie. Le bourreau. On ne manque pas de volontaires pour être bourreau… On m’allonge sur une planche… Des mains s’affairent prestement… Je fixe devant moi… Je me retiens de regarder au-dessus de ma tête… Le silence s’installe. Un silence plus pesant que jamais… On me bascule en avant… J’entends le mécanisme de ma montre… Mon avocate renifle un peu fort. Je souris…

C’est à ce moment là que j’entends le déclic… et un bref sifflement.

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